En ce moment, la création contemporaine est plutôt synonyme de médiocrité, attaquée sur tous les front, celui de l’idée, de la créativité qui n’existe plus et se trouve remplacée par le concept, une sorte de machin inodore qu’on ne comprend pas. Bien sûr, on se garde de le dire pour ne pas passer pour un ignorant. Alors on regarde des monochromes, sans cesse nouveaux, sans cesse monochromes, comme si le temps s’était arrêté en 1919, comme si Malévitch avait mis un point à l’histoire en retirant la représentation, en retirant jusqu’au dessin. Et puis la création contemporaine a remplacé l’idée par la force, la force des corps mis à nus, des images d’horreur, du bruit et des lumières. On ne dit pas forcémment quelque chose mais on se fait entendre, on fait causer.

La biennale de Lyon ? Oui pas mal, mais pas top non plus. On a l’impression que Bourriaud et Sans ont cherché le consensus. Comme s’il fallait éviter les vagues qu’a pu connaître le festival d’Avignon. Une peinture exsangue, presque inexistante (le pire ? Par exemple une série de monochromes blancs représentant des écrans vides … vide), des installations sympa mais difficiles à voir à cause de la foule (eh, oui, j’y suis allé un dimanche, quelle misère). Mais quelques moments de grâce tout de même. Par exemple, il y a Jonas Mekas et sa monomanie de prendre des images. C’est pas nouveau et pourtant vraiment dans l’ère du temps alors que tout le monde est équipé en appareils numériques, en portables et autre caméras mémoires du quotidien. Et puis il y a Wim Delvoye, qui délocalise son élevage de cochons capitalistes, le missile de Wang Du que vous croiserez au coin d’une rue, comme si la guerre n’était plus seulement en images.
Si je ne devais en retenir qu’une, ce serait Seven Minutes Before, de Mélik Ohanian. Un film présenté sur sept écrans. Il décompose l’action dans le temps et l’espace en proposant simultanément différent points de vue sur l’action en cours. Regard sur l’actualité couverte sous tous les angles par les caméras du monde, sur le cinéma, figé sur sa ligne de temps, ici démultipliée. Regard sur la durée de l’action, sur le choc des plans qui au lieu de se suivre, se superposent. L’image ne peut être embrassée dans sa totalité, c’est trop large. Alors on en manque, comme on manque certains évenements couverts par les médias, trop d’informations à la fois; pas assez d’yeux et d’oreilles pour capter les flux continus sur les ondes, le web, sur les écrans de télé ou dans les lignes de journaux. Oeuvre de cinéma, oeuvre d’image et de son. Ca reste un dispositif assez simple mais c’est une belle idée, l’expérience de la durée.[Ajout, le 2 décembre : Maintenant que j'y pense, s'il est un cinéaste qui a expérimenté ce type d'approche c'est bien Gus Van Sant. Condamné par ceux qui l'accusent de faire du beau, GVS sait manipuler le temps comme l'image. Il le cadre, zoome, ralentit, repasse. Dans Elephant, film rouleur compresseur, il amène au désastre en explorant l'action sous tous les angles. Dans Last Days (que j'ai moins apprécié mais qui reste un très bon film), on retrouve le procédé mais plus préçis, plus cadré; la revisite d'une séquence en variant les points de vue, un dialogue entre les images; dialogue entre les plans. Ici, ce ne sont pas les personnages qui s'expriment mais les images elles mêmes.]
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