Qu’elle est jolie la campagne française sous le soleil. Hier après midi, je voyais des petites vallées encaissées, des arbres, des champs et des petits oiseaux. Bon, c’est vrai que les oiseaux, je ne les entendais pas beaucoup, j’étais dans un vieux train au diesel en partance pour Poitiers hier.
Mais j’avais acquis une sorte de sérénité intérieure qui m’avait presque fait oublier que j’allais au pays de Raffarin pour un examen d’entrée en DESS.
Je regardais passer les vaches dans les champs lorsqu’une dame leva la tête tel un chien à l’affût et s’adressa à moi la voix quelque peu inquiète « On a pas passé La Mans, là? »
Mince, je ne savais que répondre. La réponse était délicate car on avait effectivement passé Le Mans et je présentais chez cette dame au cabas écossais une certaine propension pour le drame. Si je lui annonçais la nouvelle, elle pourrait très bien me sauter à la gorge et m’étriper au nom de je ne sais quelle pulsion vengeresse…
D’un autre côté, si je lui disais que Le Mans était à venir, elle s’apercevrait bien en arrivant à Tours, que je l’aurais flouée…
C’était l’impasse. Je décidais de tenter la première solution.
« Ah, si madame, nous avons dépassé le Mans, il y a une dizaine de minutes » J’avais mon livre de Kafka, intitulé « Le Château », dans les mains.
A peine avais je terminé mon allocution qu’un poireau s’écrasa sur ma gauche, contre la vitre du train, il avait traversé le wagon en mugisssant horriblement (je compris plus tard que le poireau n’avait pas mugi mais que l’auteur du cri n’était autre que la dame qui avait raté son arrêt au Mans).
En quelques minutes, elle vida son cabas, il y avait de quoi faire un pot au feu. J’ai trouvé ça curieux car ce n’est pas trop la saison. Le mieux, me dis-je, c’est de faire semblant de rien. Je lisais mon livre, en parant tantôt un navet tantôt une carrotte (très dangeureux les carrottes, à cause de la terre, ça favorise les infections en cas de réception dans les yeux).
Au bout d’un moment la dame avait épuisé ses munitions. Elle me demanda trèsz calmement comment elle allait faire. Je lui proposais mon portable pour prévenir son fils qui l’attendait depuis 10 minutes au Mans et qui devait déjà regretter le pot au feu de la soirée. Elle lui expliqua qu’elle lisait des prospectus, que Le Mans était passé, que le chauffeur n’avait pas fait d’annonce et que ça lui arrivait jamais et que ça lui arrivera plus jamais et qu’elle lisait des prospectus et que blablabla…
Elle est descendue à Chateau-du-Loir, un contrôleur l’a accompagnée au guichet pous qu’elle puisse prendre un billet pour le Mans.
Dans le train ça sentait bon les légumes.
Commentaires récents