10décDrame en page 23

19octOn se bat !

La poésie contemporaine ne chante plus. Elle rampe. Elle a cependant le privilège de la distinction, elle ne fréquente pas les mots mal famés, elle les ignore. Cela arrange bien des esthètes que François Villon ait été un voyou. On ne prend les mots qu’avec des gants: à « menstruel » on préfère « périodique », et l’on va répétant qu’il est des termes médicaux qui ne doivent pas sortir des laboratoires ou du codex. Le snobisme scolaire qui consiste à n’employer en poésie que certains mots déterminés, à la priver de certains autres, qu’ils soient techniques, médicaux, populaires ou argotiques, me fait penser au prestige du rince-doigts et du baise-main. Ce n’est pas le rince-doigts qui fait les mains propres ni le baise-main qui fait la tendresse. Ce n’est pas le mot qui fait la poésie, c’est la poésie qui illustre le mot.

L’alexandrin est un moule à pieds. On n’admet pas qu’il soit mal chaussé, traînant dans la rue des semelles ajourées de musique. La poésie contemporaine qui fait de la prose en le sachant, brandit le spectre de l’alexandrin comme une forme pressurée et intouchable. Les écrivains qui ont recours à leurs doigts pour savoir s’ils ont leur compte de pieds ne sont pas des poètes: ce sont des dactylographes. Le vers est musique; le vers sans musique est littérature. Le poème en prose c’est de la prose poétique. Le vers libre n’est plus le vers puisque le propre du vers est de n’être point libre. La syntaxe du vers est une syntaxe harmonique – toutes licences comprises. Il n’y a point de fautes d’harmonie en art; il n’y a que des fautes de goût. L’harmonie peut s’apprendre à l’école. Le goût est le sourire de l’âme; il y a des âmes qui ont un vilain rictus, c’est ce qui fait le mauvais goût. Le Concerto de Bela Bartok vaut celui de Beethoven. Qu’importe si l’alexandrin de Bartok a les pieds mal chaussés, puisqu’il nous traîne dans les étoiles! La Lumière d’où qu’elle vienne EST la Lumière…

En France, la poésie est concentrationnaire. Elle n’a d’yeux que pour les fleurs; le contexte d’humus et de fermentation qui fait la vie n’est pas dans le texte. On a rogné les ailes à l’albatros en lui laissant juste ce qu’il faut de moignons pour s’ébattre dans la basse-cour littéraire. Le poète est devenu son propre réducteur d’ailes, il s’habille en confection avec du kapok dans le style et de la fibranne dans l’idée, il habite le palier au-dessus du reportage hebdomadaire. Il n’y a plus rien à attendre du poète muselé, accroupi et content dans notre monde, il n’y a plus rien à espérer de l’homme parqué, fiché et souriant à l’aventure du vedettariat.

Le poète d’aujourd’hui doit être d’une caste, d’un parti ou du Tout-Paris.

Le poète qui ne se soumet pas est un homme mutilé. Enfin, pour être poète, je veux dire reconnu, il faut « aller à la ligne ». Le poète n’a plus rien à dire, il s’est lui-même sabordé depuis qu’il a soumis le vers français aux diktats de l’hermétisme et de l’écriture dite « automatique ». L’écriture automatique ne donne pas le talent. Le poète automatique est devenu un cruciverbiste dont le chemin de croix est un damier avec des chicanes et des clôtures: le five o’clock de l’abstraction collective.

La poésie est une clameur, elle doit être entendue comme la musique. Toute poésie destinée à n’être que lue et enfermée dans sa typographie n’est pas finie; elle ne prend son sexe qu’avec la corde vocale tout comme le violon prend le sien avec l’archet qui le touche. Il faut que l’oeil écoute le chant de l’imprimerie, il faut qu’il en soit de la poésie lue comme de la lecture des sous-titres sur une bande filmée: le vers écrit ne doit être que la version originale d’une photographie, d’un tableau, d’une sculpture.

Dès que le vers est libre, l’oeil est égaré, il ne lit plus qu’à plat; le relief est absent comme est absente la musique. « Enfin Malherbe vint… » et Boileau avec lui… et toutes les écoles, et toutes les communautés, et tous les phalanstères de l’imbécillité! L’embrigadement est un signe des temps, de notre temps. Les hommes qui pensent en rond ont les idées courbes. Les sociétés littéraires sont encore la Société. La pensée mise en commun est une pensée commune. Du jour où l’abstraction, voire l’arbitraire, a remplacé la sensibilité, de ce jour-là date, non pas la décadence qui est encore de l’amour, mais la faillite de l’Art. Les poètes, exsangues, n’ont plus que du papier chiffon, les musiciens que des portées vides ou dodécaphoniques – ce qui revient au même, les peintres du fusain à bille. L’art abstrait est une ordure magique où viennent picorer les amateurs de salons louches qui ne reconnaîtront jamais Van Gogh dans la rue… Car enfin, le divin Mozart n’est divin qu’en ce bicentenaire!

Mozart est mort seul, accompagné à la fosse commune par un chien et des fantômes. Qu’importe! Aujourd’hui le catalogue Koechel est devenu le Bottin de tout musicologue qui a fait au moins une fois le voyage à Salzbourg! L’art est anonyme et n’aspire qu’à se dépouiller de ses contacts charnels. L’art n’est pas un bureau d’anthropométrie. Les tables des matières ne s’embarrassent jamais de fiches signalétiques… On sait que Renoir avait les doigts crochus de rhumatismes, que Beethoven était sourd, que Ravel avait une tumeur qui lui suça d’un coup toute sa musique, qu’il fallut quêter pour enterrer Bela Bartok, on sait que Rutebeuf avait faim, que Villon volait pour manger, que Baudelaire eut de lancinants soucis de blanchisseuse: cela ne représente rien qui ne soit qu’anecdotique. La lumière ne se fait que sur les tombes.

 

Avec nos avions qui dament le pion au soleil, avec nos magnétophones qui se souviennent de « ces voix qui se sont tues », avec nos âmes en rade au milieu des rues, nous sommes au bord du vide, ficelés dans nos paquets de viande, à regarder passer les révolutions. Le seul droit qui reste à la poésie est de faire parler les pierres, frémir les drapeaux malades, s’accoupler les pensées secrètes.

Nous vivons une époque épique qui a commencé avec la machine à vapeur et qui se termine par la désintégration de l’atome. L’énergie enfermée dans la formule relativiste nous donnera demain la salle de bains portative et une monnaie à piles qui reléguera l’or dans la mémoire des westerns… La poésie devra-t-elle s’alimenter aux accumulateurs nucléaires et mettre l’âme humaine et son désarroi dans un herbier?

Nous vivons une époque épique et nous n’avons plus rien d’épique. A New York le dentifrice chlorophylle fait un pâté de néon dans la forêt des gratte-ciel. On vend la musique comme on vend le savon à barbe. Le progrès, c’est la culture en pilules. Pour que le désespoir même se vende, il ne reste qu’à en trouver la formule. Tout est prêt: les capitaux, la publicité, la clientèle. Qui donc inventera le désespoir?

Dans notre siècle il faut être médiocre, c’est la seule chance qu’on ait de ne point gêner autrui. L’artiste est à descendre, sans délai, comme un oiseau perdu le premier jour de la chasse. Il n’y a plus de chasse gardée, tous les jours sont bons. Aucune complaisance, la société se défend. Il faut s’appeler Claudel ou Jean de Létraz, il faut être incompréhensible ou vulgaire, lyrique ou populaire, il n’y a pas de milieu, il n’y a que des variantes. Dès qu’une idée saine voit le jour, elle est aussitôt happée et mise en compote, et son auteur est traité d’anarchiste.

 

Divine Anarchie, adorable Anarchie, tu n’es pas un système, un parti, une référence, mais un état d’âme. Tu es la seule invention de l’homme, et sa solitude, et ce qui lui reste de liberté. Tu es l’avoine du poète.

A vos plumes poètes, la poésie crie au secours, le mot Anarchie est inscrit sur le front de ses anges noirs; ne leur coupez pas les ailes! La violence est l’apanage du muscle, les oiseaux dans leurs cris de détresse empruntent à la violence musicale. Les plus beaux chants sont des chants de revendication. Le vers doit faire l’amour dans la tête des populations. A l’école de la poésie, on n’apprend pas: on se bat !

Léo Ferré. Préface à « Poète… vos papiers! », écrite par Ferré en 1956

24aoûtW, la boite à questions

07avrSF to Paris in two minutes

SF to Paris in two minutes est une petite pépite du time lapse. Le film se démarque des très nombreux films du genre, par un montage rythmé, une bande son dédiée bien foutue. Et pourtant, le sujet aurait pu être monotone.

13marLost Pictures of New York Blizzard

Créer une collection de photos, un film ou un livre à partir d’éléments trouvés et anonymes, c’est pas nouveau, on appelle ça le found footage. Ca existe en littérature depuis bien longtemps et depuis les années 50′s pour le cinéma. C’est un peu le rêve de tout étudiant en cinéma ou photos de trouver un jour des images à raconter.

Avec le net, les règles ont un peu changé puisque certains auteur trouvent leur matière filmique sur youtube. Est-ce encore du found footage ? Pas vraiment, car on a perdu le caractère inattendu de la découverte.

Lost Pictures of New York Blizzard, est une histoire narrée par Todd Bieber, un jeune new-yorkais, en janvier 2011. Todd raconte comment il a trouvé une pellicule perdue dans la neige dans un parc de Brooklyn. Après l’avoir développée, il se en met à la recherche de l’auteur et raconte tout ça en trois films assez sympathiques. Interrogé par les chaines de télé, contacté par des gens du monde entier qui analysent les images avec lui, il finit par retrouver Camille, propriétaire de la pellicule perdue. Ca commence par une découverte inespérée, ce n’est pourtant pas du found footage puisque l’auteur est connu mais ça donne trois petits films et des milliers de personnes impliquées.

Je ne sais pas si quelqu’un a trouvé la pellicule laissée à Paris par Todd. Si vous avez des nouvelles à ce sujet, n’hésitez pas à commenter ce billet, ça m’intéresse.

Episode 1.

Episode 2.

Episode 3.

05novScrabble : THE BLOCK PROJECT

Ogilvy & Mather de Paris donne un sacré coup de jeune au Scrabble. Qui aurait cru qu’un univers aussi loufoque puisse être associé à ce jeu que les grands mères partagent avec leurs petits enfants ?! Une réalisation Paranoid.

17octBB Brunes – Nico Teen Love

Je suis pas particulièrement un amateur de BB brune mais j’avoue que j’aime assez ce clip…

17septFacebook: le charbon n’est pas ton ami

En règle générale, je ne suis pas convaincu par les petits films réalisés par Facebook. Souvent, la forme est maladroite, quand au fond c’est assez attendu (à moins que vous soyiez pour le développement des gaz automobiles ou la fin de la forêt mais on va partir du principe que non :)

Mais, une fois n’est pas coutume, je l’ai trouvé cool cette vidéo (cool pas coal…).

15avrJanelle Monae, Tightrope ft. Big Boi

25marThe story of bottled water

La fin du monde dans L'étoile mystérieuseDepuis quelques temps, on a l’impression que l’écologie est un truc de rabat-joies qui souhaitent nous asservir en nous obligeant à manger bio, à nous habiller équitable, à ne pas manger cette viande rouge énergivore et délicieuse.
Ces nouveaux prophètes aimeraient aussi supprimer tout plaisir, évidemment coupable, ou en tout cas, savourer pleinement notre culpabilité d’avoir foutu en l’air et nous condamner à l’austérité en chantant. Dieu est mort peut-être, mais la foi certainement pas.

C’est assez triste de voir se dessiner ce type de portrait de l’écologiste moyen, car il est parfaitement faux.

Je ne nie pas l’existence de ce type de nouveaux intégristes, il y en a, ils sont de plus en plus visibles et c’est le signe que l’écologie a un impact réel dans la gouvernance de nos sociétés. On connait les intégristes du libéralisme, de la gauche, de la droite, d’en haut, voire d’en bas…

Mais l’écologie, tout le monde en parle, mais c’est quoi en réalité ? C’est (d’après moi) un courant de pensée qui vise l’efficacité à la fois au niveau local, mais aussi au niveau global.

Concrètement, cela suppose de faire la comptabilité des externalités positives et négatives d’une action, puis de sanctionner les actions dont le bilan comptable est assez mauvais. En d’autres termes,ceux qui gagnent beaucoup d’argent avec une activité polluante, sont obligés de reverser une certaine somme pour corriger l’impact négatif (sur la santé, l’emploi ou l’environnement naturel, etc.) de leur activité. Évidemment, c’est l’État ou les organisations internationales, qui ont la charge de superviser cette comptabilité et la tâche est ardue comme on le voit avec l’application de taxes carbone dans les pays européens.

Pourtant, si on adoptait ce type de raisonnement, il serait plus rentable de choisir des solutions modernes et peu polluantes, plutôt que des systèmes foireux et obsolètes.
On interdit rien, mais tout le monde se tourne vers les solutions écologiques, tout le monde est content et y’a pas de vieux grincheux tout gris et triste pour nous faire la morale.

Pourquoi je parle de tout ça ? Parce que j’ai vu le petit film ci-dessous, créé par divers organismes de protection de l’environnement. Il explique simplement le phénomène absurde qui nous a amené à acheter de l’eau vendue dans des bouteilles en plastique pour la boire, alors que l’eau est partout présente.

C’est très didactique, pas grincheux ou sentencieux et ça explique les choses assez justement sans rameuter les prophètes annonciateurs de la fin du monde. Le projet est visible sur http://storyofstuff.org/bottledwater/


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